Les histoires du cowboy en running

Épisode du 11 février 2019

Aujourd’hui en 1975, Willie Nelson enregistrait Blue Eyes Crying in the Rain. La toune allait devenir la pierre angulaire de son album Red Headed Stranger. Pis c’te record là, d’une certaine façon c’est un peu le Pet Sounds de la musique country. Album concept détesté par les producteurs sans-desseins, RHS va propulser Willie au rang des légendes, comme Pet Sounds avec Brian Wilson, ou l’émeute du Forum avec Rocket Richard.

Dans les années 60, Willie était un writer excessivement doué et reconnu dans la machine de Nashville. Y avait fait Crazy de Patsy Cline, Hello Walls de Faron Young pis un paquet d’autres tounes. Toujours ben habillé et clean cut, il essayait de s’imposer comme chanteur, mais ça marchait pas pentoute. Les producteurs lui disaient constamment de se contenter d’écrire. « C’est ça ton talent toi, écrire ». Bref, y se faisait chier sur un moyen temps.

Vers la fin des années 60, ça va pas ben dans sa vie, y est tanné, pis y parle à son chummy Waylon Jennings. Waylon lui dit «tu gagnes combien toi à Nashville?» Fac Willie lui dit combien y gagne pis Waylon lui répond «reviens donc à maison, on va avoir du fun». La maison en question, c’est le Texas.

Le Texas pis Nashville dans le country, c’est comme Québec pis Montréal au hockey dans les années 80. Pis Waylon, c’est Dale Hunter, Peter Stastny pis Michel Goulet en même temps. C’est le Outlaw en chef, le baveux pis le joueur concession dans le même casque. M’en va y revenir dans une autre histoire…

À partir du Texas, supporté par son chummy Waylon, Willie va devenir le Willie qu’on connait: habillé tout croche, les cheveux longs, le bandana…pis une guitare classique. Lui, y trippe sur Django Reinhardt, le joueur de guitare qui a pas tous ses doigts. Quand tu fais du country, c’est pas supposé être ton guitariste préféré. Mais Willie s’en tabaslak parce que c’est ce son là qu’il aime. Fac son tone de guitare, y va partir d’une guitare classique, sa Martin N20 nommée Trigger, comme le cheval de Roy Rogers. Encouragé par Waylon, chez-eux, avec son son à lui, Willie va réussir quelque chose de phénoménal à l’époque: réunir dans des salles les rednecks pis les hippies, deux gangs qui se parlaient pas. Imagine si Radio X allait prendre une Daw chaude avec la gang de La soirée est encore jeune parce qu’ils aiment le même chanteur. Ben c’est ça qui faisait Willie.

En faisant le tour de festivals rock, jazz, blues, etc, Willie va se créer un fan base de fou. Il signe avec Atlantic Records pis sort l’album Shotgun Willie. Ça marché en tabaslak pis y a ben des sans-desseins qui lui disaient de se contenter d’écrire qui vont prendre leur trou. Quand son contrat va prendre fin avec le label, y va signer avec Columbia Records mais en négociant le contrôle créatif total. Pis c’est là que le fun va pogner…

Willie va vouloir faire un album concept autour de la toune «Tale of a Red Headed Stranger». Y veut faire un album sur des histoires de cowboys avec des petits poèmes pis des reprises. Il enregistre la patente pis envoie les tracks à Columbia. Columbia, en beau sans-dessein, lui a répondu
– pourquoi tu nous a shippé un démo?
Pis Willie a dit:
– c’est pas un démo, c’est l’album .

Pis Columbia était vraiment en tabaslak parce que c’était pas leur «standard» de son. Willie leur a demandé:

-Comment c’est supposé sonner un album selon vos standards?
Pis y ont répondu, toujours en sans-dessein
– tout sauf ça!

Mais Willie avait le contrôle…. Pis Willie lui c’est pas un sans-dessein. Fac y ont été obligé de sortir l’album.

Pis…

BANG!

La reprise de Blue Eyes Crying in the Rain est devenue le premier #1 de Willie. Pis Red Headed Stranger va s’écouler à 500 000 copies vendues dans la première année. Dix ans plus tard, y en avait 2 millions de vendues. Pis le maudit nom de l’album, Red Headed Stranger, c’est devenu le surnom de Willie tellement ça fessé fort.

Avec RHS, Willie avait fait un album concept comme Brian Wilson voulait faire avec Pet Sounds. Comme avec Pet Sounds, les sans-desseins trouvaient que c’étaient des albums de marde. Et comme avec Pet Sounds, on avait un fantastique songwriter qui venait de jeter à terre le monde…. avec une interprétation. Sloop John B pour Brian et ses Beach Boys, Blue Eyes pour Willie.

Willie Nelson avait démontré qui pouvait être un tabaslak de chanteur. Pis tous les cabochons qui doutaient de lui sont allés se partir un dépanneur.

Pis comme Sloop John B qui est devenue pour la majorité du monde «une toune des Beach Boys», Blue Eyes Crying in the Rain est devenue, dans la culture populaire, une chanson de Willie Nelson.

La légende sait pas ce qui est arrivé avec les sans-desseins dans l’histoire. Pis c’est ben correct de même, y en pousse des nouveaux tous les jours, de toutes façons!

P.S. Si t’es tanné d’attendre à la SQDC, Willie Nelson vend son propre weed juste ici:
https://williesreserve.com/

Blue Eyes Crying in the Rain – Willie Nelson
https://youtu.be/JA644rSZX1A

Blue Eyes Crying in the Rain – Roy Acuff
https://youtu.be/POTHIP_GjY8

Sloop John B – The Beach Boys
https://youtu.be/nSAoEf1Ib58

Sloop John B – Kingston Trio
https://youtu.be/lmxZ94SLdac

The Warmth of the Sun – Willie Nelson & The Beach Boys
https://youtu.be/_68IhghlCFc

Django Reinhardt
https://youtu.be/PQhTpgicdx4